LA SINISTRE HISTOIRE DU THéÂTRE TINTAMARRE ÉPISODE 2

 
 

CHIRURGIE ARTISANALE

 

Oh ces larmes! Douce douleur!

Une fausse alarme! Un leurre!

Un état compensatoire

Pour un constat bien notoire

 

Dehors, tout est si noir

De mort, de désespoir

Mais n’ayez crainte

Cessez vos pleurs!

Leur empreinte

Se meurt

 

Et vous qui semblez sourire

Ne devriez-vous pas plutôt trembler, pâlir?

 

Vous pensez résister

Même un jour peut-être vous enfuir?

Préparez vengeance, offense, évasion à loisir!

Vous n’en ferez rien!

Ne sortirez pas intelligents d’ici!

 

-Scalpel!

-Voici!

-Forceps!

-Voilà!

-Pelle à tarte!

-Euhhh hein?

-On coupe ici!

-Faites gaffe!

-On sert là!

-C’est délicat!

-Et on aplatit

-non pas comme ça! Il pourrait perdre la vue!

-Laissez-le-moi!

 

Laissez-nous engourdir, endormir et

Supprimer, soulager, simplifier

Votre raison! C’est beaucoup trop compliqué!

Délivrez-vous du joug de vos peurs et vos pleurs!

Soyez libérés!

 

Oh ce frisson qui vous étreint,

Un vil poison bien mesquin

Qui de sueurs froides et acides

Tâche votre humeur placide

 

Paranoïa lucide

Terrible et limpide

Mais n’ayez crainte

Taisez vos peurs

Leur empreinte se meurt

 

Et vous, pauvre malheureux

Que vois-je? Serait-ce une attitude de défi?

Qui orne vos petits yeux porcins et vos bajoues bouffies?

Croyez-vous vraiment être en position? J’en suis vexé!

Il me tarde de taire cette insubordination!

 

-Étau

-Voici

-Scie ronde!

-Euh... oui?

-Grille-pain!

-Mais qu’est-ce que...que...non, mais pas comme ça voyons… Mais attention, vous allez me le bousiller! Arrêtez! Il est tout vert, il ne respire même plus! C’est à moi!

 

Laisser nous engourdir, endormir et

Supprimer, soulager, se méfier

Votre raison! C’est beaucoup trop compliqué!

Délivrez-vous du joug de vos peurs et vos pleurs!

Soyez libérés!

 

LE MANÈGE TRANSORBITAL    

Souvenir d’isolement de sarraus abusant

De force des camisoles

D’un asile sans témoin

Où l’on enfonçait

À l’aide d’un maillet

Un orbitoclaste

Un vulgaire pic à glace

Disposons-les! Alignons-les!

Un regard absent

Dépourvu de paupière

Pour atteindre la substance

Blancheur préfrontalière

Préparons-les! Disséquons-les!

Coupant le signal des neurones et des fibres

Altérant le jugement et les comportements

Opérons-les! Contrôlons-les!

Évitons le gaspille de disciples potentiels

Remplaçons le stratège

Inventons un manège

Construisons une centrale de trépanation

Munie d’une douche d’électrocution

Une volée d’harnachés dans une transe orbitale

N’auront d’autre choix qu’aimer nos chefs-d’œuvre intouchables

Par ces pics au niveau de leurs regards percés

Nous contrôlerons sitôt leurs pensées, leurs idées

Produisons-les! Usinons-les!

Sans anesthésique ni désinfectant

Offrons-leur un voyage sans aucun précédent

Sanglons leurs sanglots sur le grand convoyeur

La lobotomie inhibera leurs peurs

Disposons nos sujets sur le plus beau manège

Attachons leurs poignets, mettons-les à notre aise

Les bâillons et harnais tels tenons et mortaises

Immobilisons-les n’abîmons pas trop leur chair

 

LES COIFFEURS DE CERVEAU

 

Chargez le charbon dans les chaudières

Montez la pression, lancez la vapeur

Réglez les cadrans dans les portières

Huilez les chaînes, activez les moteurs

Admirez la magie, la féérie

De l’usine de lobotomie

 

Trimez! Mettez-y du nerf.

Que le bruit des machines s’arrête à la lueur…

 

On ouvre le crâne

Pour voir la cervelle de ce banquier infâme

Avocat du diable

Prépare-toi à subir le pire des miracles

Le tapis roulant roule et…

 

Courte incision

Dans le cortex de ce président bidon

Abolition

De toutes les formes possibles et impossibles

D’interrogations

 

La torche en flamme

Pour bien calciner les neurones qui réclament

Branchez les câbles

Pour bien recharger les tourments qui accablent

Le tapis roulant roule...

 

Corrosion

Des connexions qui servent à la déduction

Télévision

Pour bien nettoyer le cerveau en question

Sans aucun soupçon !

 

Chargez le charbon dans les chaudières

Montez la pression, maintenez la vapeur

Réglez les cadrans dans les portières

Huilez les chaînes, surveillez les moteurs

Admirez la magie, la féérie

De l’usine de lobotomie

 

Trimez! Mettez-y du nerf.

Que le bruit des machines s’arrête à la lueur…

 

Quelques gouttes de fluor

Pour s’assurer que la volonté se détériore

C’est tout un art

De faire des moutons avec des rats pis des porcs

Le tapis roulant roule...

 

Répétition

Des suggestions qui induisent la soumission

Télévision

Pour bien saboter le cerveau en question

Sans aucun soupçon

 

Plus charbon dans les chaudières

Fermez la pression, stoppez la vapeur

Laissez les cadrans dans les portières

Laissez les chaînes, éteignez les moteurs

 

Regardez s’épuisez les pantins

Regardez-les croire au fruit de leur labeur

Regardez travailler ces vauriens

C’est maintenant leur tour de sueur pendant des heures

 

Admirez la magie, la féérie

De l’usine de lobotomie

LAlalalalalalalala

 

RÉPÉTEZ APRÈS MOI

 

Comme vous êtes un bon public

Que d’ovations pléthoriques

Cette petite chirurgie

Vous rendu fanatiques

Pour un dressage adéquat

Répétez après moi!

 

Que c’est une attraction magique

Une prestation sans failles! (Bis)

 

Ou le comique et le tragique se livrent une bataille

C’est un divertissement unique, un chef-d’œuvre, une trouvaille! (Bis)

 

Vous voulez qu’on joue cette musique au jour de vos funérailles!

Si vous n’appréciez pas

Ce que vos yeux y voient

Nous vous les arracherons

Sans compassion

Sans hésitation

Si vous êtes trop tendre

Pour ce que vos oreilles entendent

Nous les taillerons et vous les ferons avaler comme du jambon

 

La poésie et la musique tissent une toile sans mailles (Bis)

C’est une fiction historique d’envergure et de taille

 

Et tous ces fous-rires qui vous piquent, ces larmes qui vous tenaillent (Bis)

 

Font sur votre cœur prosaïque des baumes et des entailles

 

Si vous n’acclamez pas

Si vous n’applaudissez pas

Nous trancherons vos mains

Et les mettrons dans un grille-pain

Si cette œuvre de grand goût

N’est pas assez bonne pour vous

Nous trouverons bien d’autres façons

De vous faire changer d’opinion

Reste-t-il aucun souvenir de votre fastueuse existence?

Allez maintenant tous quérir ce public qui se meurt de nous entendre!

 

DANS NOS PIÈGES

 

La vengeance est un plat qui se dévore bouillant

Un goût réconfortant quand j’y plante les dents

Si le monde a voulu faire de moi un méchant

Je ne suis que le fruit de son cruel acharnement

 

Dans chaque lobe pariétal, j’aperçois le curé

Et dans l’occipital, les moines et les frères

Qui à l’orphelinat m’ont sans cesse torturé

Et ont gravé ces plaies derrière mes paupières

 

Chaque soir vient s'asseoir la chair fraîche sur nos sièges

Qui crie au désespoir à la vue du manège

Et quand la nuit est morte

S’échappent de nos portes

De nouvelles cohortes qui conduisent les proies

Dans nos pièges

 

Admirez votre fils mon cher et défunt père

Je suis l’enfant prodige que demandaient vos prières

Et le talent qui dans mes nobles veines coule

N’est-il pas une sculpture plus parfaite que son moule

 

Me voilà plus fameux que vous ne l’avez été

Vos arabesques légendaires sont choses du passé

Sachez que je salue votre célébrité

Mais je suis le plus grand danseur que la terre ait porté

 

Chaque soir vient s'asseoir la chair fraîche sur nos sièges

Qui crie au désespoir à la vue du manège

Et quand la nuit est morte

S’échappent de nos portes

De nouvelles cohortes qui conduisent les proies

Dans nos pièges

 

Prends pitié de moi ô divine splendeur

J’implore ta clémence et ta patience céleste

Moi qui suis le tailleur de ton spectre enchanteur

Je travaille jour et nuit à rassembler les pièces

 

De ce corps sans défaut qui accueillera ton âme

Tes entrailles sont des fruits que sans repos je cueille

J’ai profané des tombes et fouillé des cercueils

Mais seulement les vivants ont la fraîcheur que tu réclames

 

Chaque soir vient s'asseoir la chair fraîche sur nos sièges

Qui crie au désespoir à la vue du manège

Et quand la nuit est morte

S’échappent de nos portes

De nouvelles cohortes qui conduisent les proies

Dans nos pièges

 

FEMME-COURTEPOINTE

 

Je n’en suis qu’au stade fantasmatique

Et celui de l’imagination

Mais rien n’est vraiment utopique

Avec tous ces beaux outils de création

 

Même si les détails sont trop uniques

Et que personne n’apprécie la reliure

J’oublierai d’être surmoïque

Et contemplerai ma vraie nature

 

Ma connaissance et ma technique

Pour assouvir mon plus grand désir

Des lames, du fil et puis un pic

Pour me confectionner ton sourire

 

Je te ferai belle et angélique

Et finement truffée de noirceur

Un charme liquoreusement stoïque

Pour en faire palpiter mon coeur

 

Je peux créer le monde réel

 

Je garderai toujours l’oeil ouvert

Tout près du tapis roulant

Quand leur attention sera précaire

À moi les morceaux intéressants

 

Sans qu’ils me voient, je jetterai au broyeur

Tout ce qui déroge de mes critères

Je ne garderai que le meilleur

Mais j’aurai peut-être certains détails à parfaire

 

J’accumulerai tel un collectionneur

Tout ce qu’il faut pour cette femme-courtepointe

 

Celle qui supprimera mes peurs

Celle que je mettrai enceinte

 

Tu me feras l’effet de l’absinthe

Mais tu persisteras à mon réveil

 

Tu solutionneras mon labyrinthe

Il sera réel ton souffle à l’oreille

 

LA SÉLECTION DES MORCEAUX

 

Il me faut trouver, pour commencer, le meilleur des cerveaux

Avec de solides commissures interhémisphériques

Je vais te faire rigoureuse et artistique

 

Il faut qu’en ma présence les espaces intersynaptiques

Ne cessent de s’inonder de phényléthylamine

Je vais te faire pour que je sois celui que t’imagines

 

Il me faut trouver de gros os iliaques arrondis

Je les placerai éloignés l’un de l’autre sur l’assembleur

Je vais te sculpter de sublimes rondeurs

 

Il me faut trouver les plus petites phalangines

Je les égaliserai et vernirai tous les ongles de noir

Et les imbiberai d’un parfum vanille et poire

 

MIROIR MIROIR

 

Qui a pour paupières des ailes de Pégase

Qui battent sur ces iris de topaze

Et des cheveux légers comme un gaz

Pour lesquels le coeur des vivants s’embrase

Et tombe en extase

 

Miroir, miroir en bois d’ébène orné d’argent, de joyaux de péridots

Dis-moi, dis-moi qui est le plus grand, le plus beau

Même en cherchant à la ronde dans tout ce vaste monde

Pas un Dieu pas même un mortel

 

Qui a ces lèvres rouge rubis

Et chante tel un rossignol la nuit

Qui a ce corps gracile comme un cygne

Et danse tel qu’aucun escarpin n’est digne

D’emboîter le pas d’un derby si luisant

D’un pied si élégant

 

Miroir, miroir en bois d’ébène orné d’argent, de joyaux de péridots

Dis-moi, dis-moi qui est le plus grand le plus beau

Cher miroir

Dis-moi quelle splendeur se cache sous ce chapeau

Approche-toi et contemple

La peau fraîche de ce temple

Majestueux, fastueux, glorieux

 

LA TRAGIQUE APPARITION DU COMÉDON

 

Mais quelle est cette horrible pustule

Qui pollue ce visage que tous adulent

Ce doit être un cauchemar ridicule

Réveillez-moi! Que sonne cette satanée pendule!

 

Non! Ça y est j’ai compris! Je suis mort!

Je suis en enfer! Mon Dieu je t’implore

Qu’on me torture, me saigne ou me brûle

Mais qu’on m’enlève cette horreur! Je capitule!

 

Aidez-moi! Je vous en prie, aidez-moi quelqu’un...

 

Miroir, miroir en bois d’ébène orné d’argent, de joyaux de péridots

Pourquoi? Pourquoi as-tu fait de moi un crapaud?

Miroir, miroir je te briserai en mille morceaux

Je me servirai de toi comme d’un couteau

Pour fuir ce corps hideux, ignoble, horrible, affreux, atroce, abject, difforme, infâme, odieux, immonde...

 

L’INTRU

 

Il était une fois

Une misérable anomalie

Une erreur selon moi

Un monstre méprisable et sans merci

 

L’horreur à son chevet

Et sous son lit un monde magnifique et magique

Mais la bête s’épuisait

De se livrer une guerre épique

 

Il était une fois l’homme

Cet être qui jamais ne donne

Qui ne sauvera jamais personne

Qui depuis trop longtemps règne comme

 

Un dieu cruel et froid

Capable des pires bassesses pour aller plus loin

Or encore une fois

Le ciel en sera témoin

 

L’heure n’est plus au choix

Je suis contraint d’obéir aux mêmes lois

C’est vous ou c’est moi

Et jamais plus je ne serai la proie

 

Il était une fois l’homme

Cet être qui jamais ne donne

Qui n’a de pitié pour personne

Vous l’aurez compris mon pauvre ami

 

C’est dans ce sous-sol froid

Que pour la dernière fois retentiront vos cris

Et c’est d’un à la fois

Que s’imprégneront ces murs gris….

 

LA FABRICATION DU CONSENTEMENT

Imaginez!

Des chiens qui branlent la queue pour aller se faire dresser

Des poissons qui frétillent pour aller se faire pêcher

Des poulets qui s’empilent pour aller se faire déplumer

Des cochons qui s’empressent d’aller se faire charcuter

Se faire truffer

Se faire embrocher

Tout ça de leur propre gré

Imaginez!

Des accusés qui supplient de se faire condamner

Des prisonniers qui ferment eux-mêmes leurs cellules à clé

Des esclaves qui se bousculent pour aller se faire fouetter

Des clients qui paient pour se faire lobotomiser…

Imaginez!

La lobotomie complètement commercialisée

Un pays envahi par notre publicité

Où toute personne convenable se doit d’être écervelée

Où les récalcitrants se font tous déshonorer

Discréditer

Ridiculiser

Huer, Dégrader, Souiller

Imaginez!

Un pays où les encéphales sont finement coiffés

Où une cicatrice au front est une marque de fierté

Où des hordes de zombies viennent pour nous acclamer

Et ces hordes de zombies constituent notre armée…

 

J’ai une idée! J’ai une idée!

J’ai une idée! J’ai une idée!

J’ai une idée! J’ai une idée!

J’ai une idée! J’ai une idée!

LALALALALALALALALALALALALALALALALAL

 

TA GUEUUUUUUUUUUUUULE!

Pour gagner l’absolue confiance de l’homo sapiens

Pour qu’il gobe ce canular colossal, sans peine ni mal

Pour que dans de belles œillères, ses pupilles se coincent

Il nous faut notre propre journal!

Pour conquérir l’aveugle foi du bon citoyen

Pour qu’il nous sacrifie tout son pognon, sans protestation

Pour que dans nos escarcelles se jettent ses douzains

Il nous faut notre station de télévision!

Pour pouvoir sculpter l’opinion de l’humain moderne

Pour qu’il nous abandonne tout son cerveau, tout frais sur un plateau

Pour qu’autour d’un bel appât, sa mâchoire se referme

Il nous faut notre poste de radio!

 

En première page perpétuelle

D'horribles et sinistres nouvelles

Pétriront leurs cervelles

Ramolliront  leurs zèles

Ébranleront leurs citadelles

En contrôlant leur petit écran

Nous les souderons à leurs divans

Quand leurs yeux seront béants

Nous noierons leur jugement

D'un raz-de-marée stupidifiant

Et par les ondes et les tympans

D'habiles et fourbes boniments

Attiseront l'engouement

Pour toute chose qui se vend

Lobotomie incluse évidemment!

 

Cher Monsieur Edwidge!

Quelle tactique habile

Moi qui vous croyais sot et complètement débile

Monsieur Augustache!

Quel curieux hasard

J'ai justement la même opinion à votre égard!

AU TRAVAAAAAAAIL!

 

Ça marche!

Les porcs se rendent eux-mêmes à l’abattoir

Tout le cheptel se jette dans nos mâchoires

Les crânes se vident sur tout le territoire

C’est la multiplication de l’auditoire

Nous modifions le cours de l’histoire

C’est l’abondance dans mon laboratoire

Nous gravissons l’échelle du pouvoir

 

Ça marche!

Tous nos désirs sont maintenant des ordres

Nous sommes la faucille, la guillotine et la corde

Nos bourses et nos coffres-forts débordent

Et de notre épopée ce n’est que l’exorde

Dans notre gamme à peine un tétracorde

Nous sommes d’abominables ogres

Qui n’avons pas encore commencé à mordre!

 

Ça marche!

À chaque seconde s’accroissent nos légions

Nous avons des usines dans toutes les régions

C’est une totale contagion

C’est le triomphe de la trépanation

C’est la plus auguste des usurpations

Scalpels et bistouris sont des goupillons

La lobotomie est une religion!